Que peut la peinture pour l'esthétique ?

Gilbert Kieffer, Que peut la peinture pour l'esthétique ?, Paris, Éditions PETRA, coll. « Transphilosophiques », 2003.

Tous les peintres sont potentiellement philosophes, parce que leurs effets sont bien souvent des matérialisations techniques de rêveries. Quand un peintre passe des heures à lisser les couches de couleurs, qu'il essaie de donner certains reflets de surface ou de profondeur, il fait toujours et avant tout un travail de méditation. Il le fait sur la matière qu'il utilise, le miroir-palette, l'amalgame dont il vient d'expérimenter la propriété particulière, la matière qu'il cherche à représenter ; il le fait en saisissant du même mouvement sa vie propre, et en la traduisant dans ce langage technique qui deviendra son style. Tout est technique au fond, mais la technique elle-même est inspiration, méditation, rêverie.

La question est la suivante, si l'art pense, a-t-il besoin de raisonner ? Et si par l'abus de la comparaison on affirme qu'il raisonne, a-t-il besoin de mots pour le faire ? Ne peut-il le faire en images par exemple ? L'art a-t-il besoin de l'esthétique ? Et l'esthétique a-t-elle besoin de mots, voilà la vraie question ? Il est inutile de se demander si l'esthétique a besoin de philosophie, puisque l'esthétique est d'essence philosophique.