Une biographie de l'homme ordinaire. Des Autorités et des Minorités

François Laruelle, Une biographie de l'homme ordinaire. Des Autorités et des Minorités, Paris, Aubier, coll. « Analyse et Raisons », 1985.

C'est ici un traité des Solitudes humaines.

Une science rigoureuse des hommes n'existe pas encore. La fonder est une tâche nécessaire et une entreprise possible.

Nécessaire : les Sciences de l'homme ne sont pas des sciences et n'ont pas l'homme pour objet ; elles sont dépourvues de rigueur théorique et d'humanité. Quant à la philosophie, son anthropologie, son humanisme, leurs critiques aussi, sont l'oubli de l'essence humaine  «ordinaire » au nom des préjugés grecs de l'Etre et du Logos.

Possible : à condition de remonter à l'unité primitive de la science et de l'homme, à la possibilité d'une description immanente de l'existence singulière de l'individu. Cela ne s'appelle plus l'Etre, mais l'Un — en son épreuve non grecque.

Cet ouvrage tente d'instaurer une science transcendantale des individus comme tels (les « Minorités ») et de leurs rapports à la fois mystiques et pragmatiques au Monde, au Langage, au Pouvoir, au Sexe, à l'Histoire, etc. (les « Autorités »). Ce n'est plus tout à fait une philosophie. Elle est cependant capable de fonder la naïveté de toute science et de la garder contre les prétentions de la philosophie unitaire ou dominante. Et de préserver l'humanité dans son irréductible précession sur la philosophie. La philosophie est faite pour l'homme, non l'homme pour la philosophie : c'est ce que doit aussi démontrer le concept d'« homme ordinaire ».

F. L.