Pour une imagination non-européenne

Danilo di Manno de Almeida, Pour une imagination non-européenne, Paris, Kimé, 2002

L'imagination a-t-elle encore un avenir ? Son histoire philosophique et sa signification politique étaient apparemment terminées. Il fallait une nouvelle expérience de la pensée pour lui donner un statut transcendantal et renouveler ses pouvoirs. Danilo di Manno de Almeida met la non-philosophie en oeuvre à son propos et en titre des fonctions inédites.

Une première partie étudie quelques grandes phases et les invariants de son traitement philosophique. De Descartes à Kant puis Heidegger, l'auteur montre la profondeur ontologique croissante mais aussi les apories de l'imagination comme moteur de l'acte philosophique. Une seconde partie opère rupture et mutation, elle porte le problème sur le terrain du Réel et de sa primauté sur le transcendantal, tel que la non-philosophie, à la suite de François Laruelle, permet d'établir. Elle arrache la force imaginative à la philosophie et la rend à l'homme.Il s'ensuit une refonte de la plupart des concepts qui la délimitaient et en bridaient le pouvoir.

Ce pouvoir est celui d'une pensée "non-européenne". L'auteur entend échapper au conflit classique de Même et de l'Autre, du moi et de l'Etranger de l'européocentrisme et de l'ethoncentrisme. Le "non-européen" est un rapport d'équivalence ou de non-rapport des termes adverses dans leur spécificité.
Comment user encore de la philosophie, mais sans sa suffisance, en vue cette fois d'une libération de la pensée pour des expériences nouvelles ? La vieille imagination enchaînée pas les liens grecs de la philosophie et de l'histoire cède la place à une activité géo-imaginative.

D. di Manno de Almeida enseigne la philosophie à l'Université méthodiste de Sao Paulo (Brésil).