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avant de partir en vacance...

Jérôme Ramond, 23/06/2006

avant de partir en vacances...
Loin des villes, les montagnes :
(Mais Nanterre n’était-elle pas déjà loin de la Sorbonne, d’Ulm, de Vincennes ?)
On a pensé « les autorités et les minorités » ; elles se confondent pour moi, dans une topo-dynamique comparable (par clonage de l’Un ?), à celle « des villes et des montagnes ». Comprenons que les « montagnes » ne sont pas un « exemple » de minorités (extérieur à l’immanence) - un jeu pour citadins en mal d’air naturel par exemple - mais une véritable réalité, immédiatement expérimentale : vive. Dans ce voisinage (que j’habite) :
Comme l’Un - d’une certaine façon encore confuse - la petite entreprise rurale auto-suffisante (le domaine, la maison, la casa, l’houstal, le petit commerce...) n’a besoin de personne, et les agro-éleveurs (pré-)existent depuis toujours à, et bien avant, toutes les civilisations, à tous les Logoï qui voudraient les identifier. Platon se lamentant : « Leurs noms ont été conservés (ceux des dieux et des rois), mais leurs oeuvres ont péri par la destruction de leurs successeurs et l’éloignement des temps. Car l’espèce qui chaque fois survivait, c’était celle des montagnards et des illettrés qui ne connaissaient que les noms des maîtres du pays et ne savaient que peu de chose de leurs actions. (...) Dans la disette des choses nécessaires où ils restèrent, eux et leurs enfants, pendant plusieurs générations, ils ne s’occupaient que de leurs besoins, ne s’entretenaient que d’eux et ne s’inquiétaient pas de ce qui s’était passé avant eux et dans les temps anciens. » Dès le Critias : les montagnards et les illettrés ! On croirait entendre la ministre de l’écologie, qui, aux résistances locales violentes contre l’introduction de l’ours en Pyrénées, fit savoir texto que :
- les montagnards sont des imbéciles !
(Cette question de l’illettrisme, de la langue, prend (d’ailleurs) une proportion étrange chez nous, en Gascogne et en pays Basque, et surtout en Montagne, puisque la plupart des noms-de-lieux (hydronymes, micro-toponymes...) et quelques noms-de-choses liés à la-ruralité (outils, terroirs...) ont des racines (identités) pré-indoeuropéennes alors que le principal de la grammaire et des mots liés à la-civilisation est d’origine latine, y compris dans la langue Basque. On voit ici à l’œuvre la dialectique historiante de l’Un et de l’Etre, et, dans un autre registre, l’unilatéralité de l’Un, puisque les « éternels » noms-propres nous proviennent d’une durée trans-historique, an-historique, du moins très longue et très locale.)
On reconnaît immanquablement les gens des villes - du moins la légion des imbéciles et « ils sont légions » - à leur mépris naturel, leur condescendance hautaine, envers les gens des campagnes. Ces gens là nous regardent de haut. Ainsi du scribe de l’antiquité égyptienne, fermier-intendant du Logos pour le compte de l’urbs pharaonique, écrivant à son fils : « j’ai contemplé les travaux manuels, et, en vérité, il n’y a rien au dessus des lettres. Aussi te fais-je aimer la littérature, ta mère ; je fais entrer ses beautés dans ta tête. Elle est plus importante que tous les métiers ; celui qui s’est mis à en tirer profit dès son enfance est honoré ». Cité par Malet en 1902 rajoutant que le scribe : « était généralement tout gonflé de son importance, convaincu que nul ne pouvait lui être comparé et, comme fait aujourd’hui le mandarin en Chine, il regardait le reste des hommes comme fort en dessous de lui et méprisable ». Nous connaissons aussi la fameuse statuette du scribe, assis pour la postérité (la sienne et la notre) dans la position du lotus - zen - souriant légèrement de sa suffisance (seuls sans doute le pharaon et sa famille peuvent rire aux éclats... et nous !). Malet et Isaac : écoles de la III° République, de la première démocratie élue durable : 1880-2006. (Dans la longue durée de l’histoire des démocraties, la courte Révolution de 1789/1799, démocratique mais devenue vite peu et très peu démocratique, a précédé un siècle presque entiers de dynastie impériale napoléonienne peu démocratique).
Unilatéralisation : du point de vue de la montagne-en-dernière-instance (dans l’immanence de son identité), le commerce avec les villes ne peut s’envisager que s’il est vraiment profitable pour les gens du pays, mais on pourrait aussi bien s’en passer pour vivre, et vivre de ses terres immédiatement. Et comme aujourd’hui les villes - et les états centralistes ou dé-centralistes qui en sont l’horizon - semblent durablement s’appauvrir (sous le poids d’autres villes plus fortes car plus cyniques et hypocrites encore), financièrement et moralement...
Comme l’Un, le paysan et plus encore le montagnard - agriculteur et éleveur, petit artisan ou commerçant - n’a besoin de personne pour être lui-même. Si les villes faillissent, il retournera paisiblement à ses terres et suffira à ses besoins vitaux (manger, dormir...) et sociaux (se rassembler, se parler...) sans l’aide de quiconque. Jusqu’en 1950, les Pyrénées sont restées suffisantes pour les besoins les plus vitaux : manger, habiter... Alors que l’ouvrier a besoin des villes et des grandes machines pour exister, a besoin des grandes structures fédérées pour conquérir et affirmer ses droits ; que les intellectuels de la différence militante ont besoin des Autorités pour contrôler (pensent-ils) les Minorités... le montagnard n’a besoin de personne : il possède sa terre, la suffisance pluri-millénaire de ses propriétés. Pour personne d’autre sans doute, l’éternel retour du même ne s’accomplit-il avec autant de présence. N’était-ce pas le rêve d’ adolescence de Marx ? La fin des grandes machines aliénantes et le développement / retour à l’origine des petites propriétés rurales, des petits commerces ruraux ? De la conscience désaliénée, libre ?

(J'en profite pour saluer respectueusement M. Laruelle, que je n'ai pas revu depuis 20 ans...)



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