CLONAGE
Homme - EE, 2000 - 298 - De cette crainte devant l'homme, de ce sentiment de commettre une transgression majeure ou de tomber dans une hallucination sans issue, la pensée commune et sa morale, comme la philosophie et son éthique, portent témoignage : c'est le refus de l'inceste et du clonage en tant que tous deux postulent que l'identité, plutôt que la différence (sexuelle ou autre), pourrait être l'essence de l'homme. - 299 - La crainte répulsive de l'inceste et du clonage sont aisni autant de manières de reconnaître le primat de l'Identité, pour une pensée commune-et-philosophique qui ne peut entretenir à l 'homme que des relations ambivalentes dont témoignent l'éthique et ses interdits. - 300 - Ce désir de penser l'homme, de le connaître dans son intimité la plus reculée, pourrait bien témoigner d'un d-ésir de reproduction, non pas à l'identique, à la manière du clonage scientifique à quoi la philosophie ne peut ni ne veut satisfaire, mais à une différence près. - Le style des doublets et des doublures, des mixtes et des dyades, n'est-ce pas le style philosophique du clonage, à quoi elle oppose le clonage scientifique strictement identitaire dont la critique lui est facile ? La philosophie plus largement a sa manière de cloner l'homme à partir du Monde, ou de Dieu créateur de l'homme à son image, et de s'autoriser un clonage imaginaire et mimétique. - 301 - Le clonage change de sens et de visage lorsque change l'économie de l'homme, lorsque la ligne de démarcation ne passe plus entre ces généralités unitaires, simplement différenciées, de l'animal et de l'homme, c'est-à-dire entre ses attributs (pouvoir, désir, religion, politique, etc.), mais entre l'homme comme identité et l'homme comme animal métaphysique, entre cette identité non-consistante de l'homme et son existence de sujet-Etranger. - 302 - La non-philosophie s'effectue là comme théorie unifiée de l'éthico-philosophique et de la biotechnologie. - Au lieu qu'il soit une contradiction portée à l'éthique, un danger et une tentation, nous en usons ici comme d'un moyen d'instaurer une uni-versalisation humaine en-dernière-instance de l'éthique, préférant une humanisation uni-verselle à une surhumanisation. - 304 - L'interdiction et le désir du clonage n'ont de possibilité que dans le milieu de l'homme-comme-différence. Il suffit de penser l'homme comme Identité, du moins dans son Ego, pour les exclure et rendre hors de propos. En revanche si l'homme-Un ou le malheur n'a pas à être cloné, il peut être la mesure et la cause déterminante de tout clonage, non pas hors de lui mais hors de son essence, et seulement pour son existence de sujet. - 305 - C'est donner par conséquent au clonage son véritable agent (l'essence d'identité de l'homme), son véritable objet (le sujet-existant-Etranger), sa véritable matière (le Monde). Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > CLONAGE