GNOSE
Connaissance - CF, 2002 - 61 - "Connais-toi toi-même" est la suprême tentation proposée à l'homme, la philosophie même. Le gnostique ne se connaît pas, il n'est pas connaissance (de) soi mais avoir indocte privé de toute extase. La seule connaissance à acquérir est celle du Monde, y compris ce qu'il en subsiste de l'homme. "Connais-toi comme tu es dans le Monde et pour le Monde". S'il faut recommencer tout autrement cette connaissance ratée qu'est la philosophie, nous ne la rejetons pas simplement pour des motifs religieux comme la gnose ancienne rejetait le Monde comme mal et illusion. C'est notre unique matériau, et la science que Modernes ont acquise entretemps nous donne un moyen de connaître, c'est-à-dire de modéliser, cet objet complexe, la connaissance ratée, et d'en faire usage sur la base de l'Homme-en-personne qui, lui, n'est pas moderne ou ancien. - Ce savoir est de l'ordre d'une expérience indocte d'inconnaissance mais il détermine une connaissance enseignable. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > GNOSE
Philosophie - CF, 2002 - 56 - La gnose est plus humaine mais pas plus "existentielle" que la philosophie et que la forme dominante de la foi chrétienne. Elle pose avec une profondeur inégalée les questions qui valent de l'Homme et du Monde plutôt que de l'Etre et de la pensée, mais surtout les pose avec une méthode humaine ou dite "de-dernière-identité", renversant la philosophie qu'elle utilise parce que ses questions supposent en réalité la réponse essentielle déjà donnée - il n'y a pas de salut dans le Monde et l'histoire, le salut est déjà donné quoique encore sans effectivité et s'exprime dans une lutte spéciale qui témoigne de sa primauté. La gnose introduit une nouvelle question par rapport à la question de l'Etre - qu'est-ce que l'Eon ? Qu'est-ce que l'en (un) et l'on (étant) dans leur unité, sans doute, mais dans leur unité comme Un plutôt que comme Etre ? - 57 - Elle refuse l'anonymat de l'Etre comme horizon au profit d'un "(être)-un" psychique, spirituel et vivant, au trait indélébile d'humanité et d'identité. Tant que l'homme est interprété à partir des présupposés anthropo-logiques et le gnose, de son côté, comprise comme mythologie, il n'y a aucune chance de saisir l'originalité anti-ontologique de la question de l'e (-on), sa force novatrice à l'égal de l'affect judaïque de l'Autre, la haine dans laquelle la philosophie l'accueille et l'enveloppe. - Face au désir unitaire, plus-que-grégaire, des églises, la gnose fait valoir sa multiplicité, et contre leur division unitaire son esprit de séparation. Mais ce sont maintenant pour nous des symptômes en vue de la recherche hérétique de l'Identité et de l'esprit de Multitudes. - 58 - Avec le christianisme, la gnose, surtout mandéenne, est l'une des grandes pensées de la Vie, et veut se distinguer ainsi radicalement de la pensée de l'Etre sans toujours y parvenir pour des raisons précisément de philosophie. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > GNOSE
Non-christianisme - CF, 2002 - 59 - La distinction fondamentale de la gnose et du non-christianisme, la plus inapparente aussi, est celle de la réalité transcendante et religieuse de l'homme (dans le Monde), et de la phénoménalité réelle-et-transcendantale de l'Homme-en-personne. - Comment libérer l'affect hérétique de son prime mélange avec l'horizon ontologique ? Il s'agit de retraiter ce matériau ambigu en fonction d'un énoncé qui soit à la fois (à l'en-dernière-identité près) un véritable axiome (plutôt qu'un postulat ontologique et donc intuitif comme sont encore ceux de la gnose religieuse) et un véritable théorème transcendantal (qui se rapporte à ce mélange-matériau qu'est l'onto-mytho-loge gnostique) ? Cet énoncé soumet donc la gnose elle-même à l'Homme-en-personne et dit que celui-ci la détermine-en-dernière-identité. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > GNOSE