HOMME
Ethique - EE, 2000 - 18 - La question : qu'est-ce que l'homme ? est trop générale et unitaire. Elle n'a guère d'usage sauf "idéologique" et contient autant de contradiction, de non-performativité ou d'exception que de solution. La question en "qu'est-ce que", comme le jugement d'humanité qu'elle appelle, suppose nécessairement un énonciateur non humain, démon ou quasi-dieu, un être anonyme et noyé dans le décor ontologique. - Nous ne savons pas en réalité de manière certaine (par certitudo) que ce chaos d'apparences est un homme, mais nous le posons et le décidons, avec de "bonnes raisons" qui ne tiennent pas à ces apparences mais à une cause caractéristique de l'homme, que seul l'homme peut être et qu'il peut assumer par une décision spéciale contre toutes les forces liguées du Monde. - 20 - Si c'est un homme... ? Nous posons que seul un homme peut poser cette question et en faire donc réponse : puisque c'(est) un homme, qu'est-on en droit ou en devoir de faire ? Si c'est un homme - telle est notre hypothèse inaliénable dans quelque vérification ou falsification que ce soit - , que faire alors d'humain avec l'éthique (et le droit) plutôt que quoi faire d'éthique avec l'humain ? - L'homme titualaire de la vérité et non plus seulement du vrai, est en revanche le "sujet". C'est maintenant à la subjectivité comme "rapport" vérace au crime-monde à répondre plutôt qu'à la radicalité de la solitude. Un sujet vérace dit ce qu'il fait, fait ce qu'il dit, il est performatif du moins en-dernière-instance. Etant donné son non-rapport au Monde "dont" il est solitaire et dont il a pourtant besoin pour se constituer comme sujet, on le nommera "Etranger" d'une manière universelle pour tout homme. - 21 - Ainsi défini il n'épuise pas encore la dimension éthique qui appartient au crime et qui le définit comme crime contre Cet-homme-que-voici. Lorsqu'il excède ainsi l'Etranger, lorsqu'il détermine l'éthique elle-même, c'est-à-dire qu'il interdit a priori et sans se contredire le crime perpétré contre Cet-homme-que-voici, il est désigné comme "autre-Etranger" ou "Prochain". - 22 - A la question ontologique et unitaire dans la perspective de l'éthique, une réponse s'est substitué qui traite cette question comme son symptôme (...). Elle articule trois aspects 1. puisque c'est un homme et seulement un-homme (le malheur radical), 2. alors c'est un sujet vérace, performé en-dernière-instance comme dire (et) faire, énoncé (et) énonciation, mais existant-Etranger pour la vérité qui serait à dire et/ou à faire (la philosophie, le Monde, le crime), 3. et ce sujet-Etranger, vérace dans son "rapport" à l'éthique comme dimension ultime de la philosophie, est le Prochain performant en-dernière-instance l'interdiction a priori d'être tué. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > HOMME
Hérésie - CF, 2002 - 127 - Si le concept judaïque extrême de l'homme est celui de l'otage et du persécuté, son expérience hérétique universelle est celui d'un être-hallucinable en-dernière-identité. L'hérétique est perçu comme existant alors que précisément il n'existe pas en tant que simplement humain et reste invisible. - Nous postulons pour des raisons de radicalité que l'hérésie est l'être-révélé de l'homme en sa non-consistance et le dépouille des fétiches théo-métaphysiques plus radialement que les opérations philosophiques comme le "doute", la "réduction" ou le scepticisme. - A la question fondamentale de l'Etre, qui anime la volonté de puissance philosophique et investit la théologie, nous substituons le problème de l'homme comme déterminant-en-dernière-identité, problème de la solitude et de ce qu'elle peut. A la question métaphysique de l'on (étant) qui oublie celle de l'en (un) encore plus qu'elle ne s'oublie elle-même, le problème gnostique de l'eon, de l'identité et de la subjectivité de l'homme plutôt que celui de son être. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > HOMME
Malheur - EE, 2000 - 8 - Posons donc que le Réel ou l'"essence" ultime de l'homme - pour user encore des termes - est le malheur radical, que celui-ci est identique à une solitude de principe, solitude-sans-essence, de l'être humain avant la Création même, "inconsistance" qui le libère de la philosophie et du Monde réunis, à plus forte raison de toute éthique, mais qui rend enfin possible, sous le nom de "non-éthique", le jugement même de l'éthique. - 9 - Nous n'entendons pas que l'homme soit un être malheureux (...) mais qu'il soit un être (de) malheur ou un être-en-malheur. - Putôt qu'un attribut à l'égal de l'esprt de vengeance, de la bonne volonté ou de la bienveillance, le malheur est l'essence-sans-essence, non l'attribut, de l'homme tel que radicalement inconsistant. L'homme (est) malheureux par le malheur plutôt que par l'être. Il est "en-malheur" comme il est "en-vie" (...). Plutôt qu'un événement de l'existence qui l'affecterait globalement comme l'angoisse ou l'ennui, plutôt qu'un sentiment ou un affect ontologique, le malheur coïncide exactement avec la solitude (d')Un qui fait le coeur le plus humain de l'homme et son seul coeur humain. De manière non anthropologique en général et le plus souvent, nous posons sa teneur en humanité radicale comme "Un-en-Un" ou "Vision-en-Un". Or cet Un est sans Etre, esseulé de l'Etre avant tout esseulement dans l'Etre. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > HOMME