PROCHAIN
Ethique - EE, 2000 - 317 - "Après" le malheur radical, le contenu réel de l'éthique ne peut plus être un Dieu infini ou une Raison humaine finie/infinie, mais un étant "simplement" humain, ce qui ne veut pas dire "empirique" au sens métaphysique mais d'un type d'"étant" déterminé par la non-consistance du malheur. De là un changement de statut de l'éthique lorsqu'elle passe dans la configuration de la non-philosophie. La valeur plus modeste et plus concrète de l'epekeina maintenant déterminée à son tour implique qu'elle soit une spécification de l'universalité de l'Etranger, comme un mode de celui-ci mais qui ne le modifie pas comme le ferait un accident d'une substance. - 318 - Pas une restriction de l'Etranger mais l'achèvement, comme Prochain, de son objet, de son rapport à soi, de sa constitution comme organon ou posture non-éthique. - Si bien que le sujet non-éthique, étant donné sa constitution à partir de trois sources (par ailleurs un-identifiées, uni-latéralisées, uni-versalisées intrinsèquement), est indéfinissable et indémontrable dans les termes de Platon, Kant, Levinas. Ce qui veut dire très précisément qu'il est utopique comme malheur radical, hérétique comme Etranger, en-dernière-instance interdit de meurtre et interdit au meurtre comme le Prochain. Pour cette triple et un-ique raison, que résume l'interdit du crime contre l'humanité c'est-à-dire contre le Prochain, celui-ci est capable d'expliquer a priori l'éthique-monde et de "résoudre" pour son compte les antinomies qui affectent le sujet intra-philosophique sans prétendre les supprimer. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > PROCHAIN
Etranger - EE, 2000 - 306 - Que devient, dans la Vision-en-un, cette moitié impaire, cette expérience post-moderne de l'Altérité dont on a parlé ? - 307 - Le malheur radical réalise plus que superlativement ou plus qu'hyperboliquement l'excès-éthique lui-même dans son effet de Réel qui n'est pas obtenu par auto-position ou auto-donation mais par transcender réel, et le rend inutile. - L'occasionnalité, exercée sur la seule auto-position philosophique, n'avait pas encore à exclure un affect de Réel. Mais exercée sur l'Un réel éthique, elle exclut cet effet de Réel et occasionnalise pour le reste cet Un réel prétendu. Si bien que le transcender réel, l'epekeina, ne peut plus apparaître comme le Réel au sens radical du mot, d'autant que, comme réel philosophique, il est par ailleurs cloné sous la forme de l'Etranger. Ne subsiste plus qu'une fonction éthique de transcender ontique dépourvu de ses anciennes prétentions mais conservé comme un invariant. Le transcender ontico-réel ne peut plus valoir pour le Réel mais aura encore une validité pour l'Etranger. - 308 - A cet étant il ne reste que d'être un "Un" ni idéel-transcendant ni réel-immanent. Cet étant est le phénomène résiduel de l'Autrui non-éthique, le simple "autre-homme-que-voici". Il faut maintenant en effet le comprendre comme l'autre-Etranger ou le Prochain en tant que, s'il n'est plus cerné par l'horizon de l'Etre et s'il n'est pas davantage un étant infini, c'est qu'il est déterminé en-dernière-instance par la non-consistance du malheur ou de la solitude. On appellera ce noyau supposé isolé une dimension d'altérité unique (...). - Il ne peut s'agir d'une altérité intra-ontique, entre étants à l'intérieur de l'Etre, donc infra-ontologique. Pas davantage d'une altérité intra-ontologique de l'étant à l'Etre qui devrait le recevoir comme une "chose en soi", puisque les conditions de l'Etre ne sont pas réunies. Ni d'une altérité de l'étant infini "obligeant" le "moi" et "perçant" l'Etre et le Même. Mais d'une altérité - sans meta - altérité de l'étant-sans-être (à) l'Etranger lui-même, altérité qui a la forme de l'epekeina mais telle qu'elle se dit maintenant de l'autre homme le plus ontique plutôt que de Dieu. Ainsi est "fondée", déterminée plutôt l'existence non-éthique de l'étant-homme-que-voici, de la multitude des Etrangers comme Prochains en leur transcendance radicale. - 309 - Si l'Autre éthique donne lieu en effet à un clone dont il est le matériel, ce clone est à sa manière lui aussi un Autre mais à structure d'uni-latéralité, un Un-autre que (de l'Autre éthique). - Il abandonne en particulier les relations de chiasme qui structuraient le mixte meta-/epekeina et se place sous la seule loi de la dernière-instance. Avec l'Etranegr, le Prochain a ainsi perdu sa base ontologique de meta- et en a reçu une autre, la Distance non-auto-positionnelle ou l'Extériorité radicale, et n'a donc plus pour seule réalité de subir/recevoir l'effet d'Autrui, d'être otage sans action possible autre qu'une totale responsabilité pour Autrui. - 310 - L'Autre homme juif trouve son ultime mesure dans l'Etranger mais conserve son agir spécifique, sa transcendance ontique de prochain. C'est un non-judaïsme, un judaïsme privé de sa particularité et devenu uni-versel. Il est obtenu en étant privé de son antagoniste grec, de ses conditions ontologiques, qui lui sont soustraites, et inséré dans la nouvelle problématique de l'Etranger. - Du point de vue de leur articulation, l'Etranger uni-versel et le Prochain sont identiques-en-dernière-instance. - Un Etranger est, pour un Etranger, c'est-à-dire aussi bien pour lui-même, un Prochain. Ce n'est pas un Etranger qui est un Autrui pour un (autre) Etranger, lui-même Autrui pour un autre, etc. - 312 - L'Autrui éthique devait chercher le complément ou le supplément d'une singularité en guise de l'individualité qu'il n'avait pas. Désormais non seulement l'Etranger mais le Prochain clonés ont l'Un pour cause réelle de-dernière-instance et l'Identité rend inutile la surenchère hyperbolique de l'unicité et de l'exception. L'Autrui non-éthique ne spécifie pas l'uni-versalité de l'homme - qui n'a pas besoin d'être individué - au point de la restreindre, de la déterminer et donc de la nier partiellement, mais spécifie son existence d'Etranger. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > PROCHAIN
Non-éthique - EE, 2000 - 313 - Etant donné le malheur radical, et si il y a de l'éthique-monde, alors il y a nécessairement un Prochain, c'est le théorème transcendantal qui fonde la non-éthique. - 314 - La théorie du sujet non-éthique a comme présupposé réel cet agir immanent qui transforme le donné (éthique) en occasion. - Il faut établir la formule quasi-mathématique (cf. Kant) de la non-éthique en la personne de l'autre-Etranger ou du Prochain. Cette formule a l'allure d'une fonction transcendantale, celle d'Etranger, mais modulée d'un argument éthique. - 315 - Si FL = la force (de) loi ou l'autre-Etranger, si MR = le malheur radical, si X = l'argument philosophique platonicien (l'epekeina) et juif (l'Autrui), alors FL = MR (de) X. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > PROCHAIN
Religion - EE, 2000 - 312 - Le clonage de l'Autre, judaïque en particulier, signifie que le contenu réel ou phénoménal de-dernière-instance du Dieu infini comme séparation, est un contenu humain, et que plus généralement l'homme est bien l'essence du judaïsme et du christianisme mais-en-dernière-instance seulement, concept qui manquait tout à fait à la réduction feuerbachienne. Toutes les formes d'epekeina, Bien, Devoir, Réel impossible, Autrui, etc. sont les symptômes d'un Autrui non-éthique - les symptômes du Prochain - qu'elles peuvent servir à nommer et à indiquer mais qui s'enracine lui-même dans la vision-en-Un. Il y a une humanisation de l'éthique et de la religion qui n'est pas leur ré-appropriation dialectique, mais leur connaissance et leur usage en fonction de l'homme-de-dernière-instance. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > PROCHAIN
Transcendance - EE, 2000 - 319 - Dans la philosophie, on le sait, il y a une équivoque dans la "transcendance" entre l'Extériorité et la Verticalité ou la Hauteur, et cette équivoque est transformée dans la non-éthique et dissipée puisque la Transcendance non-autopositionnelle (T-NAP) propre à l'éthique se greffe toujours sur la Distance (D-NAP) mais ne s'y greffe qu'en-dernière-instance. - Tandis que la philosophie mélange ou fait circuler l'une dans l'autre l'essence de l'Etre comme ouverture et l'altérité ontique de l'éthique, les brassant dans un mixte qui porte en lui toutes les amphibologies, l'Un-de-dernière-instance uni-latéralise en-dernière-instance d'une part l'essence de l'Etranger comme pure et simple Distance ou Extériorité non-horizontale (D-NAP), et d'autre part en un mode de hauteur qui s'ajoute à cette essence, altérité quasi ontique ou transcendance de la Hauteur proprement dite (T-NAP) et spécifique du Prochain. - 320 - La T-NAP, quasi-ontique, spécifique du Prochain, se présente donc comme l'identité de ce qui était un concentré de transcendance, de hauteur et d'altérité. - Elle cesse d'être secrètement divisée comme Autre-de-l'Autre ou comme Altérité-de-l'Autre. Sa simplicité ensuite en fait un condensé phénoménal, le vécu immanent d'une identité de-dernière-instance (de) cette Altérité. - 321 - Non pas tant l'identité du trauma, choc ou brisure, pli, coupure ou différence, que l'identité spécifique de l'Autre dans le choc, l'affect ou la brisure, etc. - Mêmes les deux concepts extrêmes de l'Autre comme simplement "étranger" ou "différent", et comme "Très-Haut" et "obligeant" judaïquement l'homme jusqu'à l'otage, sont identifiés mais en deça de leur disjonction, sans être fondus dans l'expérience transcendante de leur identification. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > PROCHAIN