REBELLION
Homme - CF, 2002 - 19 - La seule rébellion universellement bonne et donc encore autre que bonne, simplement réelle à la différence de la bonne volonté, c'est la rébellion "à cause (immanente)" mais pas "à cause de...". - A la gnose plutôt qu'au christianisme dominant, au marxisme plutôt qu'à la philosophie, nous posons ainsi la question décisive devant laquelle ils ne se justifient que d'avoir tenté de répondre, quelle est la cause réelle de la lutte humaine ? - Nous demandons s'il existe une lutte qui soit strictement humaine et ne s'épuise pas dans des mobiles empiriques ou philosophiques, régionaux et fondamentaux ? - 20 - Nous cherchons une lutte qui coupe "à angle droit" l'histoire et le cours du Monde, qui entretienne à ces flux le rapport minimal que l'Homme-en-personne entretient in extremis avec le Monde avant de "céder", rompre ou bien consentir et s'aliéner. Un rapport de lutte qui ne soit pas l'envers et la conséquence de la trop évidente exploitation de l'homme par l'homme, mais qui excède ce cercle vicieux et soit déterminé par la nature inaliénable ou "en-personne" de l'homme. - 24 - "L-homme" est une généralité unitaire et pas seulement grégaire. - La non-philosophie l'organise selon une "dualité unilatérale", celle de l'Homme-en-personne dont le contenu est la vision-en-Un (le Réel inaliénable) et du sujet comme existant en-lutte ou encore comme Etranger. L'humaine st donc sans Etre (ou sans-Monde) mais il détermine-en-dernière-identité le sujet-en-lutte avec ce qui de l'Etre ou du Monde peut l'aliéner. - 25 - Si le sujet trouve dans l'histoire des motifs de révolte et des raisons de rébellion, il ne les exploite que comme des causes occasionnelles et c'est par ces occasions qu'il se constitue comme sujet. Mais il retourne à son être-exploité dès qu'il les suppose suffisantes pour déterminer son combat et se considère comme un artefact du Monde pour finalement s'annuler et se dissoudre en lui. - La source de l'apparence est dans la co-appartenance de la raison et de la révolte, on a évidemment raison de se révolter, la rébellion a une raison - et pourquoi pas une raison suffisante ? - Pour être irréductible au cours du Monde mais "en prise" sur lui, la lutte a besoin d'une cause réelle, jamais d'une fondation (...). - Seul l'Homme-en-Homme peut exister sur le mode de la lutte et découvrir dans son immanence son adversaire, le Grand Conformisme. - 26 - Pour être efficace, la rébellion doit être, plutôt que l'unité d'une multiplicité de révoltes ou qu'une condamnation globale, la dualité d'une lutte à double procédure (religieuse et philosophique, combinaison d'une foi et d'un transcender) et de sa détermination comme réelle ou humaine-en-dernière-identité. - Nous recueillons de cette manière la part pratique la plus novatrice de la rébellion gnostique comme celle de la lutte des classes pour les rassembler avec la foi comme autant de simples aspects dans la figure du Christ Futur comme sujet-en-lutte. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > REBELLION
Mal - CF, 2002 - 19 - Il y a des souffrances et des aliénations, et l'on conclut du mal, et souvent des maux, à la nécessité de se révolter. Les révoltes ne sont "logiques" que dans ce sens-là. Admirable cercle vicieux de l'incertitude et de la contingence d'une rébellion désirée à laquelle personne ne croit. Supposons un instant, ou une fois dans l'historie, une autre démarche, faisons une hypothèse toute différente. - Il y a de la révolte plutôt que seulement du mal (...). - 21 - Partons du fait universel de la rébellion plutôt que des raisons contingentes de se rebeller, insondables et trop évidentes. Quelle est la cause non pas de telle révolte, mais de ce pouvoir continu de se révolter ? - La rébellion peut être sans dommage élevée à l'état de forme a priori de notre rapport au Monde. - Pourquoi se révolter et lutter plutôt que fuir le mal et ses agressions ? - Comment faire de la rébellion autre chose qu'un réflexe d'auto-protection contre une agression ? Voilà notre problème. - 22 - Anticiper en vue de la conquête ou réagir en vue de la défense, c'est peut-être seulement une vision grecque de l'homme, modèle de l'anticipation-retard qui est l'essence propre de l'acte métastable du philosopher. Entre l'héroïque et athlétique philosophe et la victime désignée, nous n'avons jamais eu la possibilité d'imaginer une autre solution. - La différence la plus profonde est de la lutte comme rébellion et de la lutte comme agôn qui est réflexe soit de conquête soit de défense. - Il se peut d'ailleurs inversement qu'une rébellion pourtant pensée comme telle, la gnostique, soit encore trop une défense a posteriori ou réflexe contre le Monde ou le mal, que des esprits religieux ont opposée à l'héroïsme de la conquête philosophique, mais sans déplacer suffisamment les termes du problème. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > REBELLION
Monde - CF, 2002 - 22 - Comment comprendre la rébellion comme une lutte qui ne soit plus de réflexe ou de réflexion philosophique, comme l'identité radicale d'une lutte à deux aspects unilatéraux, contre le Monde et pour le Monde ? La première condition est d'en faire une lutte contre la philosophie et pour elle, puisque le Monde est ce qui a forme de philosophie. La seconde est de subordonner la question de la rébellion à celle de la lutte, parce que la première est trop immédiatement dirigée contre le Monde tandis que la seconde, dans son indétermination, est aussi bien contre... que pour... La troisième, la plus importante, réduit le contre et le pour à l'état d'aspects d'une dualité seulement unilatérale (à un seul côté) qu'ils forment avec leur cause humaine irrreprésentable. - 24 - Deux opérations distinctes sont nécessaires pour que la révolte ne s'épuise pas dans le Monde (et pas seulement dans l'histoire). D'abord sans doute la considérer comme une forme a priori de notre rapport au Monde (histoire comprise). - (Puis) Elle doit être telle qu'elle soit suffisamment séparée du Monde pour ne rien lui devoir de sa réalité et ne plus obéir au Principe de Rébellion Suffisante. - Seule manière de procéder qui nous protège, sans être une auto-défense, des fantasmes d'une rébellion absolue et purement religieuse. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > REBELLION