SECTE
Eglise - CF, 2002 - 81 - Comment distinguer empiriquement les religions et les sectes n'est pas notre objet (...). - 82 - Mais la distinction la plus opérationnelles, la plus manipulable est celle qui oppose et connecte, dans cette sphère même, les églises (plutôt que les religions) et les sectes. - Une église est un ensemble de procédures de pouvoir qui ont la propriété de fédérer unitairement ou hiérarchiquement diverses confessions ou sous-unités (...). La secte fait dissidence de sa particularité et se ferme définitivement sur une communauté qui n'admet aucune sous-composante et sur des dogmes qui sont des affirmations sans devenir. - Cette distinction est moins empirique que l'usage théorique qui en est fait ordinairement, elle est constitutive de la différence de l'église et de la secte. - 83 - Toute différence est relative et absolue et signifie une co-appartenance de la forme-église et de la forme-secte, leur indissociabilité jusque dans leur haine réciproque. De là leur affinité dans les procédures d'assujettissement des humains, leur but commun. Or ce but commun à toute église et à toute secte est soutenu par un facteur universel que l'on appellera de "sur-église", qui est véhicule du Principe d'Eglise Suffisante dans les églises où il s'expose, et dans les sectes où il se retire sur la particularité. - Les églises sont des sectes qui ont réussi et achevé leur mouvement, qui ont su reconvertir la séparation continuée de la secte en un être-séparé maintenant articulé et dominé. Les sectes sont des églises qui ont échoué (...). - 84 - Par rapport au système église-secte-suréglise, plus intéressant que l'Idée indéterminée de religion, l'hérésie radicale est un abstrait qui n'est pas le résultat d'une abstraction, tandis que la secte est une abstraction continuée. - Rien n'est plus opposé que l'esprit sectaire et l'esprit d'hérésie, l'un ferme et s'enferme, l'autre transforme le peu d'ouverture de l'église elle-même, non par un supplément d'ouverture en attente d'être referme et clos sur soi, mais par une cause qui le détermine définitivement à l'être-ouvert ou futur. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > SECTE
Hérésie - CF, 2002 - 77 - On tend à confondre en général hérésie et secte. Les hérésies historico-religieuses finissent souvent par des séparations, des décisions individuelles et rebelles qui se coupent du Tout ou du Corps de l'Eglise (...). - C'est la catégorie de l'hérético-religieux, une vaste sphère de mélanges qui vont des quasi- ou des sous-églises (...) aux sectes fondées sur l'objectif de la particularité, du micro-rassemblement et du rejet, sur la manipulation non seulement des esprits, comme toutes les églises, mais des esprits par le moyen des corps à des fins d'argent et de sexe. - Une meilleure analyse de la suffisance de la religion et surtout de la forme-église montre qu'elle peut faire système avec une mondialisation et une activité de multinationale. - 78 - Si nous distinguons l'hérésie et la secte, l'identité-sans-unité de l'une et la micro-unité fermée de l'autre, les multitudes hérétiques et les multitudes sectaires, ce sera pour mettre les sectes et les hérésies historiques du côté du religieux et leur opposer l'hérésie comme l'Identité-sans-principe ou le Sans-essence. Ce type de distinction ne résulte pas d'une analyse mais d'une dualyse. Elle en dissout pas la réalité du mélange hérético-religieux en ses termes qui ne sont qu'apparemment opposés mais elle présuppose séparé un terme, l'Identité hérétique, de son mélange avec l'autre (et non de l'autre lui-même), et les met dans une relation dite de dualité unilatérale.- Nous appelons hérésie non pas une forme unitaire ou bien dissidente d'église et de religion, mais ce qui n'a pas telle forme sociale ou dogmatique parce qu'il ne se fonde justement sur aucune forme ou essence, mais qu'il est une Identité radicale sans consistance d'église et de dogme, de domination et de croyance. - 79 - Le sectaire est un essai de constituer une nouvelle église, aux prétentions par conséquent universelles, sur la base d'une particularité, de faire coïncider sans médiation l'individu dans sa particularité historique avec un universel d'emprunt lui aussi affecté d'une particularité historique. - 80 - L'hérésie en son essence la plus humaine est la constitution d'une multitude transcendantale des sujets-Christs, elle implique, mais seulement pour son compte, le refus positif, sans reste, de ces unités, le suspens du Principe d'Eglise suffisante. - 80 - C'est une matrice ou une force transcendantale qui ne se manifeste pas elle-même directement dans l'histoire comme l'hérético-religieux, mais seulement par ses effets qui sont de transformer le religieux, y compris le sectaire, en symptôme, matériau et modèle de l'hérésie. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > SECTE