THEORICISME 

Non-philosophie - CF, 2002 - 29 - Deux raisons, en réalité identiques, excluent de la non-philosophie la théoricisme grec. Nous revendiquons d'abord pour elle la force de la "théorie" en un autre sens que le théoricisme. C'est un savoir ultime mais que nous appelons "savoir indocte" ou vision-en-Un (...). - 30 - La non-philosophie est d'autre part une pratique de lutte sous le forme déjà dite de la dualité unilatérale. - Comme unilatérale, elle exclut la pratique déchaînée ou absolue, qu'il faudrait appeler le praticisme en mémoire du théoricisme. - La non-philosophie use apparemment de la guerre et de ses procédures, non pas simplement contre elle-même mais comme une réserve où elle puise les "armes" avec lesquelles elle la combat globalement. - La non-philosophie est à la rigueur une lutte unilatérale où l'adversaire se tient d'un seul côté malgré lui, et dont la forme de réversibilité des moyens est suspendue. - 33 - N'y aurait-il pas cependant un terrorisme de l'immanence tel qu'il soulagerait beaucoup les philosophes ? Immanent ou bien transcendant, quelle différence réelle dira-t-on ? La différence existe bien, c'est celle de l'absolu, philosophique et gnostique, la mono-absolution toujours déjà dédoublée, autoritaire et répulsive du Monde, et du radical qui, de mettre l'homme en-Homme ou le réel en-Réel, pense et lutte dans les strictes limites de ce Réel sans transcendance. Par définition (...) il ne peut être un fantasme religieux, ne peut exercer la domination et l'exploitation, l'auto-conquête et l'auto-défense, mais seulement la conquête et le défense de soi comme sujet au Réel ou à la dernière Identité près. - Le sujet est en-lutte, une lutte immanente, avec le théoricisme et avec le terrorisme, qu'il soit religieux, culturel ou philosophique ou, pourquoi pas, simplement institutionnel. Il tient sa force de sujet de sa faiblesse incommensurable d'Homme-en-personne. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > THEORICISME

Terreur - CF, 2002 - 28 - Qu'est-ce que le théoricisme saisi comme fond dernier de la philosophie en ses origines grecques ? C'est le nihilisme de la pureté spéculaire propre à la transcendance qui, par définition, se dédouble et se mire elle-même. C'est le mécanisme philosophique fondamental de l'Auto-position ou de l'Auto-transcendance. - Or le spéculaire, qu'il spécule ou non, avant d'être guerrier et rivalité entre les hommes et entre les théories, est l'élément de la terreur que fait régner le reflet comme vide absolu et néant de l'empirique, destruction des hommes. - La terreur a plusieurs destins. Elle est le fonds de destruction, secret et muet, d'où naît toute guerre et qui doit être civilisé justement dans une guerre ou dans une philosophie. - 29 - Elles adoucissent sans le supprimer le théoricisme par la "théorie" comme doctrine au sens philosophique, et par les codes de la guerre. Mais elle devient terrorisme lorsqu'une religion ou une politique s'en empare (...). - C'est que la terreur est une violence aveuglée, auto-inhibée et qui ne voit rien parce qu'elle n'a rien à voir. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > THEORICISME

Terrorisme - CF, 2002 - 31 - Le couple le plus ancien après la terreur et sa solitude est celui du théoricisme et du terrorisme, couple infernal de la spécularité, qui nourrit les soeurs jumelles de la philosophie et de la guerre. - L'ennemi du genre humain est sans doute le noeud du théoricisme et du terrorisme, la purification ethno-philosophique renouée de la pureté spéculaire. Ils vont ensemble dans le vide du miroir qui se reflète lui-même et ne se voit pas. - 32 - Les mélanges du noyau spéculaire et de la religion sont innomblables, mais certains monothéismes concentrent cette pureté et cette rivalité spéculaires dans le cristal d'une identité absolue et répulsive, toute de transcendance et de ce fait immédiatement agissante à même les croyants qui s'y identifient. - Mais ce monothéisme absolu connaît au moins deux destins distincts. Le premier pose un Dieu "Seul unique" ou jaloux qui punit par son silence ou par un excès d'absence ouvrant dans l'identité du croyant un abîme d'incertitudes et donc de responsabilités pour l'Autre, la seule identité étant la responsabilité. Le second pose un Dieu "Seul grand" qui punit par un excès de présence imposant un croyant une certitude absolue sur son identité et qui se résoud par une obéissance identique à la mort. - Le monothéisme juif, impliquant une terreur négative, est pacifique dans les individus et devient effectivement terroriste de manière dominante dans les Etats. Le monothéisme islamique, impliquant une terreur positive, est plutôt immédiatement terroriste dans les individus et les sectes, et pacifique de manière dominante dans les Etats. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > THEORICISME