VICTIME

Crime - CF, 2002 - 121 - S'il y a un droit que l'on dirait volontiers "absolu" mais qui précisément ne doit être que "radical", c'est celui de la victime. Le concept de droit absolu est absurde et contradictoire, mais un droit seulement radical veut dire 1. insuffisant pour contenir analytiquement ou synthétiquement ou de toute autre manière philosophique possible les conditions juridiques, éthiques et matérielles de la réparation (...), 2. mais nécessaire comme le point de vue déterminant unilatéralement l'usage et les effets de subjectivité des procédures d'enquête et d'instruction, de peine et d'exécution de la peine, qui font le dispositif complet du crime et finalement son intelligence. Le partage entre responsabilité et culpabilité est chaque ois déterminé, plutôt que créé, par la dualité unilatérale constitutive de l'homme. La culpabilité se dit du crime et de son agent en tant qu'ils postulent de manière hallucinatoire dans la "victime" l'Homme-en-personne qui n'a jamais fait partie du Monde. - 122 - Il faut distinguer non pas deux notions, le participant responsable et l'auteur coupable, mais trois et ajouter celle de la victime-comme-cause déterminante qui brise le cercle vicieux de la responsabilité et de la causalité. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > VICTIME

Forclusion - EE, 2000 - 21 - Peut-être n'y a-t-il pas d'autre définition de la victime que d'être forclose au crime, interdite de meurtre par exemple mais aussi, sans exception, interdite de meurtre. On cesserait ainsi de la définir d'un cercle vicieux, comme objet ou corrélat du criminel. - 22 - La victime est forclose au crime mais, comme sujet-Prochain, elle est ouverte de droit, sans aliénation, pour le crime. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > VICTIME

Philosophie - EE, 2000 - 11 - Une victime est régulièrement deux fois victime. Offensée crûment une première fois, elle l'est une seconde fois par la logique spéciale du droit et de la philosophie qui en manipulent le concept. - De même que les philosophes ont fait la théorie du peuple, de l'homme quotidien, ordinaire, théorie ad hoc pour le préparer à la distribution des biens de la pensée, les juristes et les moralistes font celle de la victime et la préparent à recevoir son statut de victime. - La victime (...) se présuppose elle-même ou se performe comme victime dans et par son silence radical ou son impossibilité positive de parler. Elle peut de cette manière faire valoir une justice qui prend les voies de l'immanence. - Se présupposer soi-même comme victime, ce n'est pas passivité par impuissance, faiblesse par mauvaise conscience, vengeance par ressentiment. - C'est être-donné ou être-performé telle une victime, c'est faire hypothèse ou présupposition radicale, sans relève possible, de son être (de) victime. - Seule la victime (...) peut déterminer elle-même sa défense, cette fois a priori, en s'aidant seulement des forts et des puissants mais sans leur laisser ce soin ou ce souci. - 12 - Certains philosophes (...) confondent la nécessité de la prendre comme point de vue, d'agir au nom de son silence ou de ses cris avec une revendication "victimaire" et lui attribuent une idéologie du "tout-victime". - La philosophie et l'éthique mènent une entreprise révisionniste à travers autrefois la théodicée et maintenant le refus de la prétendue "idéologie victimaire". - Posons que le "crime contre l'humanité" est encore une idéalisation, que le contenu phénoménal ultime de cette formule est mieux préservé par "le crime contre l'humain" et que le phénomène de la victime est lui aussi l'humain, qu'il reste évidemment à définir. - Il faut poser identiquement qu'il n'y a de victime que l'"humain" (...). - 13 - Etre une victime, c'est ne pas exister suffisamment ou absolument pour être annihilé absolument par un meurtre ou réduit "à néant". E c'est exister suffisamment pour mettre encore le meurtrier et avec lui la philosophie, l'ontologie et l'éthique en dette irrémissible. - Forclose au meurtre, interdite en-dernière-instance, comme on dira, au meurtre et de meurtre, elle est précisément cause en tant que telle et seulement en-dernière-instance, de l'enquête sur le crime. Mais sur le crime en revanche dans son concept complet, comme crime philosophique qui trouve sa cause dans cette non-consistance insupportable de "victime" et qui tente de lui redonner une consistance assassine, la tuant ainsi une seconde fois. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > VICTIME