REVISIONNISME

Histoire - CF, 2002 - 105 - L'homme est-il un être-historique et philosophique comme le veut la doxa des intellectuels, et qui appelle connaissance de soi et reconnaissance ? - C'est justement cela que la victime met en cause. Si nous revendiquons l'hérésie en général et une partie de la gnose, c'est bien pour contester d'emblée, par hypothèse, la non-pertinence en-dernière-identité de l'histoire pour juger de l'homme. - 106 - C'est avec ce Principe d'Histoire Suffisante que toute histoire devient révisionniste. Mais pour une science transcendantale humaine en-dernière-identité, elle n'est qu'un symptôme d'un nouveau genre. - 108 - La philosophie et l'histoire prennent l'horrible réalité empirique pour le réel et ne voient pas que, si intolérable soit-elle, elle est un symptôme, le symptôme de la forclusion hallucinatoire de l'Homme-en-personne par la convertibilité du criminel et de la victime. - Eglises et hérésies se co-appartiennent dans l'origine, se combattent et ce sont les forces victorieuses, celles qui les ont vaincues, qui ont déclaré les autres schismatiques et volontairement séparées. - 109 - L'hérésie n'a pas la légitimité de la conscience, elle n'a que le droit précaire des vaincus. - Etre une victime n'est sans doute pas la condition suffisante pour répondre à la définition de l'homme comme hérétique, mais c'est la condition nécessaire pour manifester ou témoigner au yeux du Monde de cette "essence", de cette non-essence de l'homme. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > REVISIONNISME

Justice - CF, 2002 - 109 - La victime n'est jamais injuste, elle est même la Juste-en-personne (...). - La victime est condition nécessaire mais insuffisante de la justice dans le droit et la pensée et le tort de la philosophie est de profiter de cette insuffisance de parole pour lui substituer simplement la sienne. - 110 - C'est justement en quoi la victime est impensable, même comme "impensable" au sens philosophique du terme, mais exige une nouvelle expérience de la pensée. Une pensée selon-la-victime et plus de la victime. - On croit en général que le malheur coupe la parole et sombre dans l'indicible. En réalité il suspend les vieux récits mythologiques et philosophiques et renouvelle le langage par son interruption judaïque ou bien par sa détermination hérétique en-dernière-identité. - 113 - Le dernier Juste (et non le dernier des justes) ou la Juste Cause ne crée pas la justice, celle qui est pour le Monde et qui doit le justifier, elle use des moyens mondains de la justice pour "cloner" un sujet justifié-en-dernière-identité. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > REVISIONNISME

Mémoire - CF, 2002 - 101 - Rien ne prouve que l'expérience de la Shoah et surtout celle des hérétiques soit une question de mémoire. Rien, sinon l"idéalisme coutumier de la philosophie, ne permet de priver ainsi le passé de sa réalité et de réduire à celle de la conscience. - La petite distinction du témoin direct et de l'historien finit par être risible dans ces affaires, comme si le juif assassiné était "témoin" de son propre assassinat et supportait ce genre de catégories. Les victimes ne sont jamais des témoins, bons ou mauvais, fidèles ou non, on ne peut être témoin que dans un procès (...). - 103 - La distinction pertinente n'est pas entre la mémoire impérative comme devoir et la mémoire historienne comme travail, qui ne peuvent que se combattre et empiéter sur le domaine de l'autre, mais entre la non-mémoire, le savoir indocte ou immémorial spécifique de la victime, qui n'est pas un oubli ou une amnésie, et les diverses pratiques de mémoire qui désormais ne devraient plus servir à "digérer" le crime mais à penser l'histoire selon-le-crime. - 104 - L'oubli de l'oubli, sa dialectique ou sa simplicité, ne valent que de l'Etre et des aventures de son devenir-mémoire. L'en-passé hérétique au contraire est universel sous toutes les conditions et conjonctures historiques possibles et vaut des juifs comme des autres hommes. Il n'est en rien une prétention de totalisation de l'histoire de l'humanité, simplement une condition universelle négative de cette histoire. - Seule une dette radicale peut honorer l'humain-en-personne dont tout un chacun participe, et décisivement le juif en tant qu'assassiné. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > REVISIONNISME

Philosophie - EE, 2000 - 191 - La philosophie d'origine grecque contient des présupposés qui programment à travers par exemple la convertibilité, à quelques différences près, du Bien et du Mal, ou à travers la théodicée telle qu'elle appartient de droit à toute onto-théo-logie et métaphysique, un révisionnisme voire un certain "négationnisme". - Le vrai malheur de la philosophie, malheur éthique et plus-qu'éthique, est dans son incapacité à respecter le mal ou son identité. - 192 - Ethique ou non, la philosophie contient ainsi une possibilité active de révisionnisme qui blanchit le mal dans le concept et son type d'abstraction. - Finalement il y a bien une banalité du mal mais elle n'est jamais simplement de fait et se conforte plutôt d'un entreprise de banalisation philosophique. - Elle intègre le mal au système de la philosophie au lieu de penser la philosophie et l'éthique à partir du mal le plus radical. - 193 - Le malheur radical ne peut amorcer un processus d'explication que s'il contient la possibilité d'une équivalence transcendantale des malheurs singuliers. Retour : TUYAU > LEXIQUE LARUELLE > REVISIONNISME