De l'inutilité de l'épistémologie

29/01/2004, Boris Sirbey






La non-philosophie se veut dabord une science rigoureuse de la Philosophie, et en tant que telle, elle peut se vanter davoir déjà développé une riche plate-forme danalyse.
Toutefois, cet aspect de son travail reste surtout concentré sur la tradition philosophique, cest-à-dire sur sa façon de se reproduire dans ses constructions et ses déconstructions. Or, si cet axe dattention est évidemment à privilégier, cela ne doit pas faire oublier que la Philosophie entendue comme système doccultation de lUn dépasse le cadre de la constellation formée par les décisions philosophiques.
En effet, lorsque la non-philosophie dévoile la structure amphibologique de la Philosophie comme contingente vis-à-vis du Réel, elle fait plus que montrer le caractère hallucinatoire des systèmes philosophiques : elle démontre aussi et surtout que tout espace de pensée mixte appartient à son champ dattraction. Et indépendamment des catégories quon utilise pour désigner le matériau philosophique, il est indéniable que ce dernier recoupe aussi bien le domaine religieux que celui des arts, de lhistoire, de la littérature ou de la poésie, pour ne citer que les principaux.
Que reste-il alors ? En fait, pour autant que les sciences de lhomme ont, dans le cadre dun débat qui na presque jamais cessé de faire cercle, largement assimilé léconomie de pensée philosophique, cela laisse entière la question des sciences exactes. Ces dernières sopposent à la Philosophie dans leur principe même, et on peut donc imaginer quelles puissent jouer le rôle dun contrepoids vis-à-vis delle. Mais il sagit alors de savoir comment lentendre. Car même si la science tend - comme mode dintelligibilité - à sopposer aux tentatives denveloppement philosophique, cela ne change rien au fait quelle présente - comme discours et comme réalité institutionnelle - tous les symptômes dune monopolisation par la Philosophie.
Cet accaparement nest peut-être pas sensible tant que lon sen tient à une certaine représentation de ses pratiques, mais il devient évident dès que lon sintéresse plus en détail aux débats scientifiques contemporains. Depuis le début du vingtième siècle, les découvertes dEinstein et lémergence de la physique quantique ont entraîné un puissant retour de la métaphysique au cœur même des théories physico-mathématiques, et en termes de catégories spéculatives, les discussions qui sont à présent devenues monnaie courante dans ces disciplines nont plus rien à envier à celles des théologiens de la grande époque. Or, une telle situation est profondément anormale quand à lessence même de la science, qui continue ainsi à être assimilée à un réservoir de matériaux philosophiques.


Non-réalisme et non-idéalisme

Comprenons bien, toutefois, que le problème ne porte pas sur un retour de la métaphysique dans ces disciplines : il ne sagit pas ici de lancer un nouveau rappel à lordre au nom dun quelconque impératif critique qui aurait pouvoir législatif sur les sciences.
En effet, en dehors de cette minorité grandissante de scientifiques qui défendent une position idéaliste, ce qui conforte la majorité des autres dans lidée quils sont libres de philosophie est le recours à des catégories de pensée mécanistes et matérialistes, quils opposent à une métaphysique assimilée au spiritualisme. Or, si le paradigme réaliste auquel se réfèrent plus ou moins inconsciemment les chercheurs pour garantir leur indépendance est en réalité étranger à la science (puisquil est le produit dune construction philosophique dont les bases ont été posée à la Renaissance et que Kant a consolidé à partir dune lecture causaliste des découvertes de Newton), le paradigme idéaliste qui prend à présent sa place nest pas plus une nouvelle garantie de liberté et dindépendance, puisquil sappuie lui aussi sur un mode de pensée philosophique. Dans un cas comme dans lautre, il ne sagit pas de science, mais dune philosophie mélangée à la science, cest-à-dire de Philosophie pure.
La science nest pas plus physique que métaphysique, et nest surtout pas physique contre une métaphysique qui viendrait la menacer depuis son « dehors ». Il est dès lors facile de comprendre quen condamnant solennellement la métaphysique au nom de la science, la Philosophie na jamais fait quune seule chose, à savoir faire perdurer lopposition conflictuelle entre physique et métaphysique, et à travers elle, celle entre sujet et objet. Saccaparant le discours des sciences à travers une épistémologie dont elle était lunique porte-parole, elle sassurait ainsi un nouveau terrain de réactivation.
On mesure aisément, à partir de là, à quel point lunité du projet critique kantien, pourtant déterminante dans la perception que nous avons aujourdhui des sciences, est en réalité factice. En refusant de trancher entre la science et la philosophie, Kant part dun discours qui est clairement celui de la science. Mais en guise dune science de la philosophie, ce quil élabore finalement est une philosophie de la science : lapproche unilatérale qui sous-tend le projet critique est ainsi progressivement absorbée par une pensée de plus en plus dialectisée, dans laquelle tous les grands thèmes de la philosophie philosophante prennent à nouveau lascendant. Or, une philosophie de la science est automatiquement une philosophie contre la science, puisque tout ce qui ne sert pas cette dernière de façon stricte sert la philosophie.


Pour combattre lennui, rien de mieux quune bonne guerre…

Lun des symptômes du saisissement philosophique, on le sait, est laffrontement pacificateur, qui aboutit typiquement sur une situation de guerre-paix cyclique, ou de guérilla. Il suffit dès lors de considérer la variété même des types de guerres : critique, herméneutique, phénoménologique, idéologique, politique, menées autour de la science des derniers siècles pour comprendre quelle est devenue lun des centres de réplication privilégiés de la Philosophie.
Lhistoire des sciences modernes est ainsi marquée par des luttes dinterprétation et des débats épistémologiques qui se donnent pour immanents à la science (typiquement, entre le réalisme et lidéalisme), mais qui ne sont que des pions de la Philosophie. La science-en-Un ne faisant que donner lintelligibilité claire et suffisante des phénomènes, elle nest ni réaliste, ni idéaliste, ni spiritualiste, ni formaliste, ni causaliste, et le simple fait de se demander laquelle de ces positions la sous-tend est déjà un oubli de son essence propre.
Il est clair, de ce point de vue, que ce avec quoi traitent les scientifiques nest pas le donné manifeste, mais un matériau phénoménologique mélangé duniversels, dont le concept dune Science liturgique accompagnée de ses nombreuses divinités annexes (Matière, Energie, Cerveau, etc.) sont les principaux maîtres dœuvre. Plus profondément encore, la trace profonde laissé par la Philosophie dans la sphère des sciences exactes se traduit par cette incapacité à se libérer du besoin de diviser le Réel pour le comprendre, les scientifiques continuant toujours à placer lindividualité des phénomènes quils étudient sous la juridiction de « lois » abstraites, sans voir que le Réel leur fournit tout ce dont quils ont besoin, à savoir ladéquation immédiate de la connaissance avec elle-même. Encore habitués à chercher un degré dintelligibilité supplémentaire dans la sphère philosophique, ils ne font qualimenter le cycle sans fin des médiations et des donations qui perpétuent le saisissement de lUn.


La gravité philosophique

En ce sens, il est frappant de voir jusquoù sétend le mode de fonctionnement transcendantal de la Philosophie. Dès lécole, on nous apprend que lunivers est dirigé par un certain nombre de forces physiques, qui se traduisent par des lois mathématiques. Cest ainsi que la loi de la gravité explique que la masses sattirent.
Or, cette lecture, apparemment intuitive, est en réalité une interprétation seconde du donné manifeste. Envisager la gravitation comme une « loi » qui « agit » sur les objets, en effet, revient à traduire le phénomène gravitationnel proprement dit sous un angle causal et mécaniste, sans se rendre compte que lon sort ainsi du domaine propre de la science. Car en réalité, il est possible de lire nimporte quelle propriété physique de plusieurs façons différentes : mécaniste, mais aussi finaliste, formaliste, systémique, statistique etc. Le donné proprement dit étant muet, Un et donc absolument suffisant, on peut en tirer autant dinterprétations quil y a de façons de délimiter arbitrairement les catégories de lentendement et de les faire jouer entre elles.
Bien sûr, du point de vue de la détermination en dernière instance par le Réel, aucune de ces différentes déterminations composites ne peut prétendre valoir contre une autre, mais la Philosophie procédant de lunité brisée ou hallucinatoire, elle en vient inévitablement à en déduire un système de hiérarchie complexe, cadre indispensable à la lutte entre positions philosophiques. Elle maintient ainsi les sciences dans un régime dintelligibilité transcendantale mixte, et par conséquent, porteur de violence.
Dans cette façon de faire, limmanence de la « loi » au phénomène est soit niée purement et simplement (dans un mode réaliste kantien), soit obtenue au terme dune mise en rapport dialectique (dans une épistémologie de type hégélien). Or, dans les deux cas, elle est encore perçue comme un « objet » de pensée, et pas comme son déterminant en dernière instance. Il sagit toujours dune gérance du Réel, au mieux justifiée par la nécessité de permettre à lUn de se retrouver après une division censé lavoir « anéanti », nécessité qui continue donc à être dominée par la division entre un monde extérieur objectal et une intériorité théorique abstraite.
Cest en ce sens que lon peut dire que le concept de loi est utilisé partout dans les sciences, mais quil ne sagit pas dun concept scientifique. La loi est une hypostase du Réel ; elle procède dune tentative de le diviser pour le rendre intelligible : cest donc un artefact philosophique. La science proprement dite, de son côté, ne saurait en aucun cas se ramener à une détermination épistémique locale, qui est toujours un rajout inutile au phénomène manifeste. Ce dernier, en effet, na pas besoin dune structure artificielle pour être atteint, et il peut parfaitement se passer de toute larchitectonique que la Philosophie déploie fiévreusement autour de lui pour lui donner son intelligibilité.


Sans foi ni loi

On ne mesure pas, de ce point de vue, la puissance dune pensée qui ne veut rien de plus que le Réel. Lindigence totale dans laquelle se place la non-philosophie dévoile la tradition scientifique telle quelle sest développée depuis les Grecs comme dirigée par des catégories de pensée onto-épistémiques caractéristiques de la Philosophie. Par contraste, elle montre que le vœu de pauvreté de la science est aussi un vœu de silence, qui ne fait pas conflit.
Il faut donc se rappeler que non seulement la science est pauvre, mais quelle est si pauvre quelle ne peut soffrir le moindre paradigme épistémique : ainsi, en faisant prendre conscience aux chercheurs du fait quils entretiennent en eux des critères dintelligibilité amphibologiques, on les libère dune charge qui pèse encore lourdement sur eux.
Quand un scientifique entreprend dexpliquer un phénomène pour en induire une théorie, il est presque toujours victime dune foule de limitations dont il na pas conscience, et qui lamènent à filtrer insensiblement ce quil perçoit pour ne retenir que les hypothèses qui correspondent non à des critères dintelligibilité universels, mais à un certain nombre de normes plus ou moins arbitraires, la plupart du temps dérivées des paradigmes en place dans le monde des sciences, de son éducation ou de ses opinions personnelles.
La plupart des chercheurs continuent ainsi à simposer des cadres méthodologiques, idéologiques ou épistémologiques restrictifs, ne se rendant pas compte que dans la mesure où la science est ouverte à tous les vents du Réel, elle est aussi au-delà de toutes les déterminations quon peut vouloir lui imposer, et qui résultent toujours dune tentative doccultation de la suffisance à soi fondamentale du donné. Lacte de compréhension se réalisant demblée dans lUn, il a pour caractéristique dembrasser le phénomène sans aucun reste, et de se situer tout en dehors de toute tentative de prélever un mode discursif limité sur son intégrité foncière.


Pour sortir dune heuristique guerrière

Si on prend, par exemple, les expériences de la physique quantique, on a affaire à des phénomènes qui échappent aux lois de la causalité telles quelles sont communément admises. Toutefois, sils apparaissent comme incohérents du point de vue dun certain cadre de pensée, ils deviennent parfaitement intelligibles si on les envisage depuis un mode de pensée acausal, qui fait appel à la finalité ou à la pensée formelle plutôt quà la pensée mécaniste.
Or, la raison pour laquelle le raisonnement par les fins à été largement disqualifié dans les sciences modernes ne vient pas du fait quil est « moins valide » que le raisonnement par les causes, puisque dun strict point de vue cognitif, il est une forme a priori de la connaissance au même titre que la causalité, mais du fait que nous avons arbitrairement séparé lentendement en plusieurs principes distincts censés sopposer les uns aux autres, entraînant ainsi une situation de conflit permanent. Cest sur cette base quAristote a démarré avec un modèle polycausal orienté sur la cause formelle, qui a ensuite été remise en question par les scolastiques lorsquils lui ont préféré la cause efficiente, qui à son tour été critiquée par les sensualistes anglais, avant dêtre rétablie par le laborieux travail de Kant, pour être à présent éclipsée par la notion de détermination statistique, etc.
On voit bien que cest une ronde sans fin : en assimilant ce régime de pensée biaisé, les scientifiques en viennent à faire des coupures dans le Réel, et à réduire la possibilité de la connaissance à ladoption préalable dune position philosophique censée valoir contre une autre, létape suivante consistant alors tout naturellement à écarter les phénomènes qui correspondent aux régions de lentendement que lon a arbitrairement censuré. Selon les époques, des pans entiers de la phénoménalité sont ainsi écartés au nom même de la science, qui se met alors à fonctionner comme un occultisme pur et simple (par exemple, lhypnose au dix-neuvième siècle et les phénomènes quantiques au vingtième ont tous les deux étés marginalisés par la pensée scientifique institutionnelle car ne correspondant pas au modèle causaliste mécaniste mis en place par les philosophes des Lumières).


La science-en-Un

Bien sûr, en tant quelle est un couple philosophique, lopposition entre causalité mécaniste et finalité vitaliste procède encore du non-Un, mais cela donne bien lidée de la subtilité des jeux philosophiques, qui se déploient même là où la pensée la plus exacte semble prédominer. On peut, de ce point de vue, définir la Philosophie comme une activité de réinterprétation quasi infinie du manifeste, mais il faut alors comprendre à quel point le mélange quelle produit peut être raffiné, parfois au point de réussir à prendre toutes les apparences du donné expérimental lui-même, et déterminer la quasi-totalité des structures mondaines de la culture scientifique.
Ainsi, beaucoup de recherches menées dans les sciences physico-mathématiques relèvent non de questions immanentes à la raison scientifique, mais de tentatives dapporter des réponses à des paradoxes qui napparaîtraient plus comme tels si on les envisageait depuis un mode de pensée libéré des dichotomies philosophiques. En outre, il me semble clair que linstitution scientifique actuelle dans son ensemble évolue dans un réductionnisme matérialiste délétère, qui nest que le reflet inversé de la pensée mythique quelle a prétendu dépasser, ce saisissement se traduisant par une inertie considérable de tous les champs théorique et pratiques qui en dépendent.
Etant une pensée-en-Un, la science na pas vocation à être rationnelle ou irrationnelle, à classer les phénomènes selon leur degré de pertinence vis-à-vis dune norme, ou à générer le type de conflits et de craintes dont elle est encore le vecteur privilégié. Elle doit être aussi rigoureuse et critique que lon voudra, mais uniquement en ce quil lui faut inlassablement écarter tout ce qui perturbe cette clarté et cette ouverture spontanée, elle qui voit le réel dans son individualité et son unité irréductibles.
En ce sens, rien ninterdit davoir une sympathie de principe pour le matérialisme ou pour le spiritualisme en tant que tradition, mais il est bien clair que du point de vue de la non-philosophie, le problème ne consiste certainement pas à choisir lun ou lautre de ces prétendues « positions », pas plus quil ne consiste à choisir entre la transcendance et limmanence, le réalisme ou lidéalisme ou nimporte quelle autre alternative inhibitrice de pensée. Indépendamment de toute ces questions de classification, finalement insolubles puisque aveugles à lindividu-Un, il ny a quun critère à retenir et quun seul choix à faire, celui de lhomme, contre toutes les abstractions que lon peut inventer au-dessus, en dessous, ou à côté de lui.
Voilà pourquoi, même sil y a bien une humilité nécessaire à avoir vis-à-vis des sciences, elle ne doit pas aboutir à une culpabilité mal placée. En effet, philosophes comme non-philosophes, nous avons une certaine tendance à voir dans la science contemporaine une réalité neutre et autonome vis-à-vis de la philosophie. Mais si nous avons - à juste titre - compris que la tradition philosophique na que trop longtemps voulu régenter les sciences et quil nest aucun besoin de dire aux scientifiques comment travailler, il est en revanche tout à fait légitime de parler avec eux, pour profiter de leur expérience, et pour leur faire profiter, inversement, dune certaine expérience de ce quest la Philosophie.


Jaimerais donc conclure en insistant sur le fait quà mon sens, la non-philosophie peut avoir un rôle important à jouer dans ce domaine, pour la simple raison que nous sommes justement au bord dun basculement de paradigme. Cela fait déjà un siècle que la physique, la biologie, la chimie sont alimentées par une moisson ininterrompue de découvertes remettant en cause les notions dhomogénéité des forces, de continuité, de non-contradiction ou de causalité. Pour les chercheurs et épistémologues qui sintéressent à ces questions, il est clair quil est devenu impossible de rendre compte du matériau expérimental mis en lumière par la science contemporaine par les catégories classiques, ce qui la situe hors du cadre réaliste où elle a été confinée.
Ce qui nest pas encore clair, en revanche, cest que cette remise en question ninduit pas forcément que le véritable « fondement » des sciences soit à rechercher du côté dun nouvel idéalisme, dun métaréalisme ou dun hyperstructuralisme quelconque, et dans une large mesure, il me semble que le défi à relever est darriver à se libérer enfin de ce mode de pensée composite.
Cette émancipation est dautant plus souhaitable quil y a un grand nombre de champs scientifiques pourtant très prometteurs qui sont disqualifiés uniquement parce quils ne sintègrent pas dans les cadres onto-épistémiques en place dans telle ou telle branche des sciences. Cette mise à lécart systématique explique très largement pourquoi la recherche piétine depuis un moment dans un certain nombre de domaines (par exemple, en médecine, lhypnothérapie, la psychosomatique, la bioénergétique arrivent très bien à guérir des maladies considérées comme incurables par la médecine classique, mais nétant pas réductibles à un paradigme mécaniste, elles tendent à être jugées irrationnelles, et sont donc réduites au rôle de minorité silencieuse face à celles qui disposent de lautorité institutionnelle).
La pensée-en-Un, en ce sens, est bien plus quune simple position intellectuelle visant à défendre les minorités contre les autorités, y compris dans le domaine des sciences. Il faut comprendre que la quasi-totalité de lénergie déployée par le système socio-économique actuel est employée non à gérer lindividu, mais lentropie produite par sa négation. Le mode de pensée mixte des universels donne naissance à un monde de rapports de force absurde, qui finit par se fondre aux dimensions du Monde, jusquà loubli quil y ait jamais eu quoique ce soit dautre. La science est devenue la clé de voûte de cette triste prison, écrasant lhomme dune rationalité si universelle et radieuse quelle ne voit plus aucune contradiction à effacer tout ce qui ne correspond pas à ses normes.
Une connaissance inquiète, qui cherche sans cesse à se connaître, nest pas une connaissance. Limmanence radicale, en dernière analyse, implique non seulement linutilité de lépistémologie, mais limpossibilité dun conflit entre lhomme et la connaissance, peu importe sous quelle forme il se présente. La science ne saurait en aucun cas se situer en dehors de lhomme, et aussitôt quelle soppose de quelque façon aux individus, cest quelle nest plus science. Voilà pourquoi il faut - humblement mais fermement - se battre pour la libérer du mode de pensée mixte qui occulte son unité et son identité foncière : parce quil ny a de connaissance quhumaine.




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